Rene van de Zande, président des Aztex: « Notre objectif ultime? la MLS à Austin d’ici 5 ans »

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Mr. van de Zande m’a reçu dans ses bureaux d’Emergo Group dans le centre ville d’Austin.

Propriétaire des Austin Aztex depuis trois ans, Rene van de Zande est de ceux qui ont investi dans le football plus par passion que par recherche du profit. Le Néerlandais a accepté de m’ouvrir ses portes pour évoquer le présent et l’avenir de sa franchise. Un avenir qui passe par la MLS.

Rene van de Zande, d’où vient votre intérêt pour le football?
Comme vous le savez, la plupart des gens qui vivent en Europe grandissent avec le foot. J’ai commencé à jouer à 4 ans et j’ai continué durant de longues années. Je suis né et j’ai grandi aux Pays Bas. Je vivais dans une petite ville près de Rotterdam. J’ai joué à Achilles’29, actuel club de deuxième division néerlandaise basé à Groesbeek, une ville de 17 000 habitants. C’était une ville qui respirait le football avec pas moins de sept  équipes de football différentes. Il n’y avait rien d’autre que le foot. Je combinais foot et études jusqu’à l’obtention de mon diplôme. J’ai décidé alors de me concentrer sur ma carrière professionnelle sans le football. Mais mon amour pour ce sport ne s’est jamais envolé.

Quand vous êtes arrivés aux USA, aviez-vous cette envie de vous impliquer dans le milieu du football?
Pas du tout. Bien qu’ayant joué au football toute ma vie, je n’étais pas assez talentueux pour devenir professionnel. Je devais faire quelque chose d’autre de ma vie. Durant mes huit années de travail à Bruxelles, je continuais à jouer en amateur. Lorsque je suis arrivé aux Etats-Unis en 1997, j’étais totalement focalisé sur la construction de mon business. La nouvelle MLS venait de prendre forme mais n’avait pas toute mon attention à cette époque.

« Les Européens sont assez snobs au sujet du football quand ils viennent aux USA. »

Comme tout Européen qui arrive ici, j’avais en tête le football de haut niveau, je venais avec la passion pour mon club de coeur, le Feyenoord Rotterdam. Le niveau de la MLS n’était pas au niveau du football que j’avais l’habitude de regarder. Les Européens sont assez snobs au sujet du football quand ils viennent aux USA. Lorsqu’ils débarquent ici, ils ne s’intéressent pas au football et ne font pas l’effort de découvrir ce sport dans ce pays. Je pense que cette attitude a pas mal changé, et est en train d’évoluer encore plus rapidement aujourd’hui.

Qu’est-ce qui vous a poussé à investir dans la franchise d’Austin et comment en êtes-vous devenu président?
Après cinq années à Washington D.C et deux à Tampa, Floride, j’ai décidé d’installer notre siège social à Austin en 2004. Austin est en plein essor depuis quelques années, c’est aussi le cas de mon entreprise Emergo Group. Je pense d’ailleurs que l’on doit cette réussite au fait que notre siège social soit ici, à Austin. Nous avons tant grandi que j’ai pensé qu’il était temps de rendre à cette ville ce qu’elle nous a tant apporté.

En 2011, Emergo Group (entreprise dont René Van de Zande est le président) devient sponsor principal des Aztex. David Markley, l'autre homme fort de la franchise est présent pour la présentation des maillots.
En 2011, Emergo Group (entreprise dont René Van de Zande est le président) devient sponsor principal des Aztex. David Markley, l’autre homme fort de la franchise est présent au centre pour la présentation des maillots (photo the Austin Chronicle)

De manière égoïste, puisque j’aime tant le football, j’ai voulu m’impliquer dans l’ancienne franchise de la ville qui a existé de 2007 à 2010 (Austin Aztex FC). Notre décision initiale était de rejoindre la franchise comme sponsor mais elle a par la suite déménagé donc il n’était plus possible d’être impliqué. Phil Rawlins, qui en était le président, a emmené l’équipe en Floride. Il sentait qu’Orlando était plus à même d’accueillir une équipe professionnelle, et Phil a d’ailleurs prouvé qu’il avait raison de penser qu’il pouvait remplir ses objectifs en Floride plutôt que de rester au Texas. Mais beaucoup de choses ont changé ici à Austin depuis qu’il est parti.

« Mon entreprise a tant grandi ici que j’ai pensé qu’il était temps de rendre à cette ville ce qu’elle nous a tant apporté. »

David Markley, qui était un propriétaire minoritaire de l’ancienne franchise d’Austin, a été la personne qui a ramené le football de haut niveau à Austin. Il s’est souvenu de l’intérêt de mon entreprise comme sponsor pour la vieille franchise de la ville, alors il nous a approché en 2011. Et nous sommes devenus sponsor principal de 2011 jusqu’à 2014. David et moi avons appris à nous connaître. Nous partageons la même philosophie à adopter concernant le développement des jeunes joueurs et la direction du club. C’est tout naturellement que je l’ai rejoint comme co-propriétaire. Je suis actuellement le président et co-propriétaire de la franchise. Après que nous ayons décidé de rejoindre l’USL Pro, nous avons élargi le groupe de propriétaires pour devenir plus puissant financièrement et pour permettre à l’organisation de construire les fondations avec le but d’emmener la Major League Soccer à Austin.

Comment vous organisez-vous depuis que vous êtes le président des Aztex, sachant que vous êtes aussi le président d’une entreprise international, Emergo Group?
Le succès d’Emergo Group s’explique par un recrutement de personnes extrêmement compétentes et motivées, en mélangeant l’expérience et la jeunesse talentueuse. J’ai agi de la même sorte avec les Aztex. Nous avons des personnes compétentes capables d’exécuter parfaitement leurs tâches, ce qui me permet d’avoir un simple rôle de superviseur. Être président des Aztex requiert de l’attention et de l’implication mais j’ai toujours eu de l’énergie à revendre et j’apprécie le temps passé dans les deux business.

« Président d’un club de football et d’une entreprise internationale? J’aime cette double casquette »

J’apprécie aussi le contraste qu’est de travailler dans un business établi avec Emergo Group et d’être aussi impliqué dans un nouveau projet qui n’est pas encore arrivé à maturité. Avec les Aztex, il y a encore beaucoup à faire pour finir les fondations du futur. Il est facile pour moi de ne pas compter les efforts pour cette équipe. Être impliqué dans une franchise sportive me donne beaucoup d’énergie et d’enthousiasme. J’aime cette double casquette. Je suis le président d’une entreprise internationale, entouré par d’excellents collaborateurs qui me permettent d’être présent au sein des Aztex. Mon rôle est bien défini et tout marche très bien. En ce qui concerne les Aztex, mon rôle de président est temporaire et je libèrerai la place à un nouveau président dès que le club sera prêt.
En 2013, vous remportez la PDL. Quels changements avez-vous apporté pour mener aussi vite l’équipe à un titre?

La pyramide du soccer en Amérique du Nord.
La pyramide du soccer en Amérique du Nord. (Crédit photo majeureliguefootball.com)

Nous avons la même philosophie maintenant en USL (3ème division, pro) que celle établie lorsque nous étions en PDL (4ème division, amateur). David Markley et moi avons toujours voulu que les Austin Aztex deviennent une franchise professionnelle et jouent en USL Pro. Après que nous ayons gagné la PDL et que l’USL soit devenu une réalité, nous avons changé d’objectif en annonçant clairement que notre but ultime était d’apporter la MLS à Austin. Jouer en PDL nous a permis de bâtir les fondations pour passer à l’étape suivante que constituait l’USL. Maintenant, pour atteindre notre objectif ultime qu’est la MLS, nous pensons qu’il faut « planter les racines de notre club. » Lorsque nous étions en PDL, l’une de nos premières décisions a été d’engager un jeune et talentueux coach en la personne de Paul Dalglish. Nous recherchions aussi un certain type de joueurs et nous savions que Paul serait capable de les recruter. Nous avons eu raison. Nous avons attiré des joueurs talentueux qui venaient de tous les coin des USA, mais aussi des produits locaux. Nous avons traité ces adolescents amateurs, ces étudiants d’université de manière quasi professionnelle.

En 2013, les Aztex remportent la PDL
En 2013, les Aztex remportent la PDL (photo Austin Aztex)

Grâce à notre coach et au professionnalisme de notre organisation, beaucoup de joueurs de l’équipe de 2012 sont restés, ce qui nous a donné un avantage certain sur nos concurrents de PDL. Ainsi, nous avons remporté le championnat dès notre seconde saison. Ces trois années en PDL nous ont permis, en plus de bâtir les fondations, d’avoir de la reconnaissance de la part de la ligue, des joueurs et des équipes. Nous étions prêts pour l’USL Pro.

Comment l’accession en USL a-t-elle pu être possible puisqu’ici le système promotion/relégation n’existe pas?
La façon dont le soccer marche dans ce pays est très intéressante. C’est très différent de ce que nous connaissons en Europe et vraiment unique si l’on compare à ce qu’il se fait ailleurs où le système est basé sur les promotions et les relégations. Pas ici. La seule manière pour monter, c’est de remplir certains critères. Le principal critère est financier. Pour être en USL, tu dois payer un prix d’entrée en une fois (entre $750K to $1M d’après mes informations) et montrer à la ligue que l’équipe à un solide soutien financier sur le long terme. La PDL et l’USL sont issus de la même famille et l’USL avait connaissance de notre travail depuis trois ans. Elle savait que nous étions à la tête d’une entreprise qui avait sa place au sein de ce championnat. Les Aztex ont rempli toutes les conditions et ont obtenu le droit de jouer en USL. La transition PDL/USL n’a pas été très compliqué.
Est-ce que votre management a changé depuis que vous avez accédé à l’USL, une ligue professionnel?
En PDL, nous avions deux personnes à temps plein parmi nos employés. Une s’occupait du marketing tandis que l’autre s’occupait des opérations quotidiennes. Nous avions 4-5 mois pour préparer la transition. Nous avons donc recruté 8 autres employés, élargi le staff technique et recruté de nouveaux joueurs.

Paul Dalglish, le fils de l'ancienne légende de Liverpool Kenny Dalglish est un homme très important chez les Aztex
Paul Dalglish, fils de l’ancienne légende de Liverpool Kenny Dalglish, est un homme très important chez les Aztex (photo Austin Aztex)

Après notre titre de 2013 en PDL, Paul Dalglish avait quitté les Aztex pour devenir entraineur adjoint au Real Salt lake en MLS. Nous l’avons ramené à Austin. Nous avons aussi recruté Zach Pope, ancien joueur des Aztex comme coach adjoint. Nous nous sommes bien préparés pour notre première saison en USL et nous croyons que nous avons fait ce qu’il faut. Il faut maintenant gagner sur le terrain.

Votre entraîneur, Paul Dalglish, est le fils d’une légende (Kenny Dalglish, ancien joueur de Liverpool). Il était très important pour vous de le faire revenir?
Paul est talentueux, très intelligent, apprend vite, et travaille bien avec les jeunes. Il est à l’image du club. Nous voulons développer des joueurs qui participeront à l’amélioration du niveau du football dans ce pays. Paul partage notre vision. Il est un choix parfait.
Paul est évidemment le fils d’une personne très connue, Kenny Dalglish. Je n’ai pas encore rencontré son père mais je pense qu’ils sont très similaires, notamment en terme d’humour, ce que j’apprécie particulièrement. Etant tous les deux européens – Paul est écossais- nous sommes philosophiquement sur la même longueur d’onde. Même si l’ombre de son père est là, Paul a sa propre personnalité. Il a été un joueur professionnel en Angleterre et a fini sa carrière au Houston Dynamo, où il a gagné la MLS, en faisant face à une grave blessure qui a mis fin à sa carrière de joueur. Après cette épisode malheureux, il a décidé de devenir coach, ce qui je pense a été une excellente décision. Il est fait pour ça. J’aime le fait qu’il soit jeune en plus d’être très talentueux. Son nom est certes un bonus supplémentaire pour nous, mais ce sont ses qualités qui expliquent sa présence aujourd’hui. Son père peut l’aider, le conseiller et c’est bénéfique pour tout le monde.

Vous avez récemment dit que l’USL était une étape obligatoire avant de penser à la MLS. Est-ce que finalement la MLS est votre objectif depuis le début?
Pas depuis le début. David Markley et moi en avons discuté un jour, un verre dans la main, en s’accordant à dire qu’il s’agirait d’un joli objectif final. Nous avons pensé qu’il serait génial de construire une franchise professionnelle à Austin qui pourrait éventuellement servir de base pour la MLS. Nous sommes heureux qu’Austin dispose de tous les ingrédients pour être considéré comme une franchise MLS. Mais depuis le début, nous voulons faire les choses les unes après les autres. Notre première mission, qui n’était pas un secret pour la presse locale, était d’amener une franchise professionnelle à la ville d’Austin. Nous avions des tas de décisions à prendre, comme celle de savoir si nous voulions poursuivre en USL ou NASL. Nous avons envisagé les deux options mais nous avons privilégié l’USL. C’était naturel d’y aller puisque nous jouions en PDL qui est de la même famille. Nous avions de bonnes relations avec le comité directeur de cette ligue et nous étions enthousiastes au sujet de la direction que prenait cette ligue. C’est maintenant donc une réalité. Nous disputons notre première saison en tant que franchise professionnelle et nous nous régalons. Nous continuons d’apprendre. C’est maintenant aux Aztex et aux fans de montrer que Austin est une ville viable pour la Major League Soccer.

Dans votre dernière interview radio, vous avez aussi dit qu’il y aurait plus d’opportunités dans les 3-5 prochaines années pour entrer en MLS. Précisément, que vous manque-t-il aujourd’hui pour être candidat?
Il y a un certain nombre de critères que nous devons remplir si on se base sur les dernières décisions de la MLS: la classe d’âge: les – de 35 ans, que l’on surnomment les Millennials (génération Y) constituent une classe d’âge importante à Austin. Ces personnes sont primordiales dans la conquête de notre « fan base ». La moyenne d’âge et l’âge médian sont un des critères très important, les revenus de ces personnes un autre. A Austin nous savons que notre fan base potentielle a les revenus nécessaires pour assister à de multiples évènements sportifs avec des amis ou la famille.

« Nous allons construire un stade d’ici 2-3 ans »
Notre plus gros challenge, et c’est un critère indispensable que nous ne remplissons pas pour le moment, est d’avoir un stade dédié au football. Nous jouons actuellement à House Park qui est un terrain synthétique en centre ville qui appartient à un lycée. Nous sommes heureux de travailler avec Austin Independ School District et d’utiliser leur stade. Ce dernier a quelques limites bien sûr et ne nous permet pas de dégager suffisamment de revenus. Nous sommes conscients de ses limites, comme de ses aspects positifs. House Park est un stade de 5 000 places ayant été construit en 1930, et une franchise MLS doit disposer d’un stade de 18-20 000 places, idéalement en centre ville. Notre but est de nous assurer que notre « fan base » grandisse dans notre stade actuel pendant que nous recherchons un endroit pour notre nouveau stade.  Sans ça, il sera difficile d’être considéré comme un candidat crédible à la MLS. Aux USA, plusieurs terrains sur lesquels nous jouons sont utilisés par d’autres équipes de sport différent. De ce fait, nous avons droit aux lignes de football américain qui déplaisent tant aux européens. Avoir un stade spécifique au football est indispensable pour la MLS.

Un projet de stade est donc actuellement à l’étude?
Nous sommes présentement dans la phase de recherche d’une parcelle de terre si possible en centre ville ou près du centre pour construire un stade dans les 2-3 prochaines années. Austin grandit si vite, les espaces libres en centre ville sont limités. Il y a beaucoup de concurrence dès qu’un terrain se libère. Mais nous voulons vraiment être à proximité du centre, idéalement entre 2 et 5 miles (3 et 8km) du centre d’Austin. Nous avons pris les devants pour trouver l’emplacement en déterminant les coûts et le financement nécessaire que représente ce projet. Même dans l’objectif d’être compétitif en USL, nous aurons besoin de notre propre stade ou d’un stade qui nous permettra de dégager plus de revenus que ce que nous faisons actuellement.

Un partenariat  a été conclu entre votre franchise et Univision (chaîne de télévision espagnole). Quel impact cet accord va-t-il avoir?

Univision a toujours été un grand supporter des Austin Aztex et de football en général. Nous sommes heureux qu’ils continuent à nous soutenir. Avec Univision, nous espérons toucher la communauté hispanique d’Austin, parmi laquelle on trouve les amoureux du jeu, mais qui supportent souvent des équipes étrangères. Nous devons maintenant susciter leur intérêt. Les supporters hispaniques sont quelque peu similaires aux fans européens comme moi par exemple, néerlandais, nés et élevés dans un pays où le football est roi et où tout le monde joue.

« Nous devons surmonter ce scepticisme »

C’est pareil pour ces personnes qui supportent des équipes de leurs pays respectifs, avec souvent un lourd héritage comme peuvent l’avoir le Mexique, l’Argentine ou les pays d’Amérique centrale. Nous devons surmonter ce scepticisme qui existe chez les gens ayant grandi avec le football dans ces pays et qui s’attendent à un certain niveau de football lorsqu’ils regardent un match de football. Nous avons besoin que cette communauté, et que les amoureux de football en général, nous donnent une chance et expérimentent le foot à Austin. Ceux qui disent que le football professionnel n’est pas de qualité doivent faire l’effort de venir, de regarder, et de supporter les Aztex. Et ceux qui croient et qui ont investi, comme moi, dans le football doivent les convaincre de venir et de faire partie de ce quelque chose de génial qui est en train de se construire. Grâce à ce soutien, nous serons en mesure d’accomplir notre objectif d’avoir un stade dédié au football plus tôt que prévu.

Les Aztex sont-ils impliqués autrement par le football dans la ville d’Austin?
L’annonce de notre arrivée dans le foot pro a bien été reçu et couverte par les médias. Mais pas autant qu’à Louisville, Kentucky, lorsque Louisville FC a annoncé son intégration en USL. Louisville n’a pas vraiment d’histoire en terme de football alors qu’Austin jouait déjà depuis trois ans en PDL. Il y avait plus d’excitation là bas. Bien avant leur premier match, ils comptabilisaient déjà 1000 abonnements. Ici, le challenge est plus difficile et cela va prendre du temps. A Austin, les divertissements sont abondants comparé à Louisville.

L'un des nombreux évènements qui se déroulent à Austin: Grand prix des Amériques dont le patron du circuit est un des propriétaires des Aztex
L’un des nombreux évènements qui se déroulent à Austin: le Grand prix des Amériques dont le patron du circuit est un des propriétaires des Aztex

Les gens ici ont plein d’opportunités pour se rendre à des évènements. Il y a 500 nouveaux arrivants chaque jour à Austin. Alors il y a certainement une chance pour qu’ils ne soient pas au courant de l’existence de notre équipe professionnelle. D’un point de vue marketing, je dirais que nous faisons tout le possible avec les contraintes que représentent notre budget (entre 1,5 M et 2,5M d’après mes informations), mais nous essayons d’être créatifs pour toucher les habitants d’Austin et les communautés environnantes. Je suis convaincu qu’avec le temps, nous verrons notre « fan base » grandir et les guichets fermés seront de coutume.

Est-ce que le commissaire de la MLS, Don Garber, suit de près votre franchise? Êtes-vous en contact régulier avec la MLS?
Oui. La MLS nous suit et est conscient de notre développement. L’USL est une pièce importante du puzzle. Même si elle est une division indépendante, c’est une ligue de développement pour les joueurs qui aspirent à jouer en MLS. Les équipes MLS ont l’obligation d’avoir une équipe réserve en USL ou bien d’être affilée à une franchise USL déjà existante. C’est ainsi que le Colombus Crew et les Austin Aztex se sont affiliés. Le Real Salt lake, les Seattle Sounders, les Portland Timbers, les Vancouver Whitecaps et les New York Red Bulls ont récemment crée leur équipe réserve, et cela a contribué à la croissance rapide de L’USL.

« Don Garber est très familier avec Austin »

Grâce à ces expansions, le commissaire de la MLS est très intéressé par notre championnat. Don Garber est très familier avec Austin. Il s’est rendu au SXSW (un des plus grands festival de musique, cinema, technologie aux USA) l’année dernière et il a pu voir à quel point la ville est excitante et contient bien des ingrédients que la MLS recherche. Nous avons rencontré la MLS pour discuter des possibilités. Nous savons ce qu’il reste à faire pour garder Austin sur leur radar. Nous regardons au delà de 3-5 ans dans le futur avant que, nous le pensons, la ville d’Austin soit prête à rejoindre la MLS. Comme je l’ai dit, nous n’avons pas de plan final en ce qui concerne le stade, mais nous travaillons sur le dossier. Récemment, le commissaire a révélé publiquement que la MLS et L’USL continueront de se développer, et d’ici 2020, de nouvelles franchises seront intégrées. A l’heure actuelle, nous sommes heureux où nous sommes et nous savons où nous aurons besoin d’être. Nous sommes concentrés à construire notre « fan base » et œuvrons pour être sûr que les critères requis par la MLS soient remplis pour nous garantir une place dans les prochaines années.

Quel est votre sentiment par rapport aux nouvelles franchises MLS d’expansion à Minneapolis, Atlanta et Los Angeles?
Ce sont toutes de grandes villes, et tant que ces franchises répondent aux exigences dont j’ai parlé, elles constituent de bons choix. Il est très important d’avoir une bonne répartition des équipes dans tout le pays, ainsi les différentes communautés peuvent profiter du football professionnel. Minneapolis a une longue tradition avec le football, je pense donc qu’elle va réussir et sa présence en MLS est logique. Atlanta est une grande ville avec plusieurs équipes de sport et un comité de directeur puissant, elle le sera aussi. Los Angeles est une autre ville de choix qui devrait être capable d’accueillir deux franchises MLS, même si elle vient de perdre Chivas. Cela sera aussi l’occasion aussi de développer une rivalité entre les deux clubs de la ville.

« Pourquoi ne pas avoir 4 équipes au Texas si l’on peut créer cette ferveur avec des rivalités géographiques? »

Au Texas, nous avons déjà deux équipes en MLS: le FC Dallas et le Houston Dynamo. En plus d’Austin, la ville de San Antonio (qui accueille une franchise professionnelle avec les Scorpions en NASL) a aussi des envies de MLS. Je pense qu’une expansion de la MLS à Austin et San Antonio créerait une grosse rivalité entre ces deux villes. Cela serait fantastique pour cet état tant que ces franchises sont viables, ont une bonne direction, et les infrastructures adéquates bien sûr. Pourquoi ne pas avoir 4 équipes au Texas si l’on peut créer cette ferveur avec des rivalités géographiques, qui nous le savons, sont fantastiques en Europe, et permettent aux fans de vivre des expériences particulières. Mais la décision appartient à la MLS. Nous sommes confiants qu’Austin a tous les ingrédients et répondra aux exigences. Mais pas tout de suite. Nous allons continuer de travailler très dur pour que ce jour arrive.

 Pourquoi avez-vous décidé de vous affiler avec Colombus Crew (MLS) ? Comment ce partenariat bénéficie aux Aztex?

C’est Colombus Crew qui a d’abord montré son intérêt. Nous sommes en contact avec eux depuis quelques temps. Leur intérêt s’explique surtout par notre titre en PDL. Ils savent aussi combien nous prenons soin de nos joueurs et connaissent notre philosophie de développement. Le football aux USA est un petit monde. Tout le monde se connaît, tout le monde parle des uns et des autres, donc notre succès en PDL a rapidement fait écho. Ils savaient que nous étions prêts pour débuter en pro. Austin a plusieurs similarités avec Colombus, Ohio. Les deux villes ont deux grandes universités et à peu près le même nombre d’habitants. Les philosophies des deux franchises sont proches. Colombus Crew est une franchise structurée qui se focalise sur le développement des jeunes talents.

« Le football aux USA est un petit monde. Tout le monde se connaît, tout le monde parle des uns et des autres »

C’est aussi notre ADN. Ce partenariat leur permet de nous envoyer en prêt 4 joueurs. Le salaire de ces joueurs comptent dans la masse salariale de Colombus Crew. Nous prenons en charge leur installation et nous nous assurons qu’ils ne font pas trop la fête sur 6th street (rue d’Austin réputée pour ses extravagances nocturnes). Nous prenons soin d’eux et ils ont du temps de jeu garanti. Nous avons actuellement un joueur, et un autre vient tout juste d’arriver (Adam Bedell, plus grand joueur de MLS, NASL, et USL comprises). L’un de ces joueurs (Kalen Ryden) a déjà été un Aztex auparavant, il avait par la suite été drafté par Colombus Crew. Nous sommes heureux de le récupérer. L’entraîneur de Colombus, Greg Berhalter, et Paul Dalglish, le notre, parlent très souvent ensemble. Nous sommes très heureux de cette collaboration.
Lors de la pré-saison, les Aztex ont organisé un tournoi réunissant plusieurs équipes de MLS (The ATX Pro Challenge). Quelles étaient vos attentes de ce tournoi organisé à Austin? Est-ce qu’il va devenir un évènement annuel?
The ATX Pro challenge a été une idée que nous avons eu alors que nous préparions notre entrée en USL. Nous pensions qu’il était bien de réveiller Austin avec un tournoi de football en février après une grosse coupure puisque nous avions joué notre dernier match à la fin de l’été 2014. C’était aussi une bonne opportunité pour nous de travailler avec UT (University of Texas) et les équipes MLS (Colombus Crew, DC United, FC Dallas). Nous voulions leur montrer ce que c’était de jouer à Austin et aussi montrer à la MLS que nous pouvions organiser un évènement avec beaucoup de succès.

René Van de Zande remet l'Armadillo Cup à Bobby Boswell (DC United)
René Van de Zande remet l’Armadillo Cup à Bobby Boswell (DC United)

Pour être honnête, le plan était d’organiser ce tournoi en 2016, mais lorsque nous avons démarché la MLS et les franchises, nous avons été encouragé à l’organiser plus tôt. La coopération avec UT a été excellente, très professionnelle. Sans eux, cela n’aurait pas été la même chose. L’organisation était parfaite. Le terrain est l’un des meilleur du Texas. Les franchises MLS étaient ravies en dépit du peu de temps que nous avions devant nous. Nous avons été agréablement surpris avec 6000 spectateurs par jour. Nous n’avons pas encore pris la décision de savoir si oui ou non nous allons répéter l’évènement en 2016. Nous déciderons bientôt puisque nous avons des équipes MLS qui nous sondent déjà pour la pré-saison prochaine. Ce tournoi requiert un gros investissement alors nous voulons être sûrs que nous serons en mesure d’en faire un évènement réussi.

Un tatou déguisé en cowboy en guise de trophée
Un tatou déguisé en cowboy en guise de trophée (photo Austin Aztex)

Les franchises MLS veulent gagner ce tournoi pour remporter le trophée qui est un tatou habillé en cowboy. Ce trophée a rapidement fait le buzz après que nous l’ayons donné au vainqueur, DC United. ESPN, le Washington Post, le New York Times et le Dallas Morning News en ont parlé. Avec toute cette publicité, le tournoi a rempli son objectif, qui était de placer Austin sur la carte des villes de football pro.

Seriez-vous intéressé par l’idée d’aller investir dans d’autres franchises dans le futur?

Ma première intention a été d’investir dans les Aztex pour faire de cette équipe une franchise professionnelle. J’ai atteint ce but personnel. Maintenant nous devons nous assurer que le club se pérennise et grandisse. Le groupe de propriétaire est solide et très engagé. Le besoin d’un stade et les coûts associés à une intégration en MLS nous obligent à élargir ce groupe pour devenir encore plus puissant. Qu’Austin soit en mesure d’apprécier le foot pro pendant longtemps me tient à coeur. Quand nous aurons amené l’équipe en MLS, de nouveaux investisseurs viendront.

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« Pourquoi ne pas investir ailleurs? » (photo majeureliguefootball.com)

Je dois dire que je suis très heureux d’être de retour dans le football, même si ce n’est pas sur le terrain. Investir dans une équipe de football est très intéressant et nous devons attendre pour savoir comment les choses évoluent et de savoir si c’est un bon investissement financier ou non. Cela pourrait en être un car le football progresse vite ici au point d’être devenu un sport qui compte aux Etats-Unis. Si je devais un jour quitter ou m’éloigner des Aztex après l’arrivée d’autres investisseurs qui voudraient faire passer un cap au club, ça ne me surprendrait pas que j’aille investir ailleurs pour construire une franchise USL. Mon expérience jusqu’ici est super alors il n’y a pas de raisons pour que je ne veuille pas recommencer dans le futur, dans une autre ville.

Quelle influence voudriez-vous que les Aztex aient sur le paysage sportif d’Austin?
Le football est un des sports qui s’est le plus développé dans ce pays. Nous avons donc une bonne opportunité de construire quelque chose de vraiment spécial à Austin. Ici, les gens vénèrent l’équipe de football de University of Texas. J’adore le football américain et je suis un grand supporter des Longhorns (surnom de l’équipe de football américain de l’université). Je pense que UT est très enthousiaste à l’idée d’avoir une équipe MLS à Austin et leur support est très important. J’espère que les Aztex rentreront dans l’histoire de la ville en étant la première franchise sportive professionnelle, et j’espère que les citoyens d’Austin adopteront cette équipe et en seront fiers.

D’après vous, à quoi ressemblera le football aux USA dans 10 ans?
Tous les chiffres semblent pointer dans la bonne direction. Beaucoup reste à faire. Comme j’ai dit, le football aux US a un système unique comparé aux autres pays. Si vous regardez comment le talent des joueurs est développé ici, c’est très intéressant car très différent de ce qui se passe en Amérique Latine ou en Europe. Les équipes de jeunes du pays sont très bien structurées et jouent un rôle important dans le développement jusqu’à un certain âge. Les universités ont aussi un rôle important pour la majorité des joueurs, mais pour une minorité de ces joueurs au fort potentiel qui y sont, il serait mieux qu’il aient la chance de progresser au sein d’un environnement professionnel. Cela est indispensable si nous voulons que le niveau de la MLS s’élève encore. Les Aztex essaient à leur propre échelle de faire progresser les jeunes talents. Nous avons recruté des joueurs de football universitaire qui ont choisi de devenir pro au détriment de leurs études. Nous leur avons rédigé des contrats en nous assurant qu’ils pourraient finir leurs études à une date ultérieure s’ils le souhaitent. Je pense que ces jeunes doivent avoir l’option de renoncer à leurs études pour avoir plus de chances d’accomplir leur rêve de devenir pro et de jouer au plus haut niveau possible. Cela aura un impact positif certain sur la MLS. Tout le monde doit s’y mettre si l’on veut faire progresser ce sport dans ce pays et faire de la MLS une ligue excitante capable de concurrencer les autres. Cela sera possible si tout le monde reste engagé et reste surtout ouvert au changement.

Entretien réalisé par Jérôme Cortinovis. Merci à Alicia Itria.

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