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Le New York Cosmos refait enfin parler de lui

A soixante jours de son retour en NASL, le New York Cosmos a organisé une conférence de presse au Four Seasons Hotel pour annoncer son dernier coup marketing en date devant un parterre de journalistes, impatients de revoir l’ancienne gloire Pelé dans le costume de président d’honneur du club. A ses côtés, le Président Seamus O’Brien et l’entraineur Giovanni Savarese.

Le président O'Brien, Nabil Sultan le vice-président de Emirates et Pelé présentent le nouveau maillot à la presse
Le président O’Brien, Nabil Sultan le vice-président de Emirates et Pelé présentent le nouveau maillot à la presse

Il est rare d’organiser une conférence de presse pour annoncer la venue d’un joueur en MLS. Alors imaginez quand il s’agit d’annoncer la signature d’un sponsor … en NASL ! Mais voilà, le Cosmos a le sens du spectacle et encore plus lorsqu’il est dépassé depuis quelques jours par l’effervescence autour de son nouveau futur concurrent indirect, le FC New York City.

Muet sur la scène médiatique, le club légendaire new yorkais vient d’annoncer un partenariat avec la compagnie aérienne des Émirats arabes unis EMIRATES, le sponsor actuel le plus en vue sur les maillots européens. Fly Emirates est en effet inscrit sur les équipements d’Arsenal, du Paris SG, de l’AC Milan et plus récemment du Real Madrid. Mais alors pourquoi sponsoriser un club comme le Cosmos qui n’a pas joué depuis 30 ans?

« Comme c’est le cas avec notre association avec le tournoi de l’US Open (qui se joue chaque fin d’août à New York), notre partenariat avec le Cosmos est une façon de remercier le peuple new yorkais. Celui-ci contribue à faire de Emirates, l’une des compagnies aériennes la plus utilisée. » explique Nabil Sultan, le vice-président. « Le Cosmos est une superbe marque qui sera amenée à se développer dans les mois futurs et nous croyons en la rédemption de cette équipe ».

Avec le FC New York City qui rejoindra la MLS en 2015, on pourrait croire qu’une rivalité existe déjà entre les trois équipes de soccer de NYC qui devront étoffer leur « fan-base » mais le président du Cosmos, Seamus O’Brien, se montre pacifique…pour le moment.  » On a encore du temps devant nous avant de penser à ces choses là. Nous devons encore nous développer. Le potentiel économique de la ville concernant le soccer permettra aux trois clubs d’exister d’autant plus que les trois franchises évolueront dans trois zones bien distinctes. Je pense même que cela deviendra le plus grand marché de soccer dans le monde ! ». Son enthousiasme est touchant…

Plus que sept...
Plus que sept…

Le boss du Cosmos se montre par ailleurs un peu trop optimiste puisque contrairement à ses deux rivaux, le Cosmos n’est sûr de rien concernant sa participation future en MLS. Se déclarant « très heureux » de devoir se concentrer sur la seconde division, il a indiqué que des discussions étaient engagées avec la MLS. Alors quand les journalistes ont essayé d’en savoir plus sur ces échanges avec Don Garder, le commissaire de la ligue, O’Brien précise:  » Lui et moi nous parlons régulièrement, pas toutes les semaines mais presque. Nous partageons des idées, des visions. Nous avons une relations très cordiale. Il sait pourquoi nous organisons cette conférence de presse aujourd’hui et connait nos aspirations ». Cependant, avec la ferveur qui accompagne l’hypothétique arrivée de Beckham à la tête d’une franchise en Floride, le Cosmos ne devrait pas être la 21ème équipe en Major league Soccer.

Il reste beaucoup de points d’interrogations dans les plans du Cosmos, l’un surplombant les autres. Le « roster » du Cosmos ne compte que 15 joueurs à soixante jours de son début en NASL contre Fort Lauderdale Strikers. Les dernières rumeurs font office de l’arrivée de l’international espagnol Marcos Senna, mais le coach Giovanni Savarese a refusé de spéculer sur le joueur qui est toujours sous contrat avec Villareal. Coach « Gio » doit inscrire 22 joueurs pour entériner la participation de l’équipe au championnat et le temps presse. Pendant ce temps, Eric Cantona le directeur sportif, a disparu du paysage…

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Pelé et les trois Glorieuses

En 1975, six mois après la non venue de Georges Best à New York, Phil Woosnam, le commissaire de la NASL, peine à se remettre de cette désillusion. Heureusement, il peut compter sur un nouvel allié très discret jusqu’à l’été 1975: Steve Ross, le boss du New York Cosmos.

Steve Ross (au centre) réalise le coup du siècle
Steve Ross (au centre) réalise le coup du siècle

Steve Ross, patron du New York Cosmos et président de la Warner est un homme de plus en plus ambitieux. Fort de ses coups de génies comme le rachat d’Atari en 1972, qui vient de créer le premier jeu vidéo (Pong), il veut maintenant s’imposer comme un personnage public mondial. Quoi de mieux que le sport et son équipe de New York pour arriver à ses fins. L’échec de la non venue de Georges Best est du passé, il veut un autre grand nom. Il demande conseil à Woosnam, toujours tourmenté par son échec, qui lui lâche deux patronymes sous forme de boutade: le Pape et Pelé. Ross dit qu’il peut faire venir le second facilement, d’ailleurs il ne connaît même pas le joueur. C’est cette incroyable candeur d’esprit qui va lui permettre d’oser réaliser le transfert du siècle, bien aidé par Henry Kissinger, le secrétaire d’état du gouvernement américain.

Steve Ross profite de sa position de président de Warner pour faire signer à Pelé plusieurs contrats, dont celui d’artiste qui lui permettra de payer le minimum d’impôts. A 35 ans, il signe pour trois ans avec un salaire annuel de 1,5 millions de dollars. Du jamais vu. Il joue son premier match dans la foulée contre Dallas au Yankee Stadium devant 300 journalistes venant de toute la planète. Le match est retransmis dans 22 pays. Pelé fait son premier entraînement avec ses nouveaux coéquipiers quelques minutes avant le match. La NASL est enfin crédible et Steve Ross devient très populaire par la même occasion.

Les débuts de Pelé

Pelé fait une très bonne fin de saison en marquant cinq fois mais son club a pris trop de retard pour pouvoir accéder aux playoffs. Le fossé entre le niveau de Pelé et celui de ses coéquipiers est ahurissant. Les spectateurs sont subjugués par les actions du Brésilien. Les saisons prochaines s’annoncent exaltantes, d’autant plus qu’une pléiade d’autres stars veulent maintenant rejoindre la NASL.

Gordon Banks signe à Fort Lauderdale, Geoff Hurst à Seattle, Rodney Marsh (le Pelé blanc) à Tampa Bay, Eusebio à Toronto, Bobby Moore à San Antonio, Chinaglia (joueur-star italien de l’équipe qui sera haï par tous) à New York  et Georges Best signe à Los Angeles où Elton John devient le nouveau propriétaire ! Le vent a décidément tourné… Les affluences s’envolent dans tous les stades, elles sont en hausse de 36% par rapport à la saison passée, déjà considérée comme une « bonne saison ». Woosnam profite de la présence de toutes ces stars dans son championnat pour organiser des matchs d’exhibition en Europe, mais aussi des rencontres aux USA entre son NASL All-Stars et les meilleures nations du monde.

NASL All-Stars vs England

Pelé sera seulement champion avec son équipe lors de sa dernière année de contrat en 1977. Ses trois saisons en NASL sont aussi les plus belles années de la Ligue, qui a depuis vue arriver d’autres stars comme Carlos Alberto ou Franz Beckenbauer, élu MVP dès sa première saison en 1977. Pelé a 38 ans quand il prend sa retraite, a marqué 31 buts et a distribué 25 passes décisives en 56 apparitions. Il fera rêver une 57ème fois les spectateurs de New York en guise d’adieu, lors d’un match amical entre le Cosmos et son club de toujours Santos. Pelé s’effondre en pleurs à la fin de son discours devant ses amis venus lui rendre un hommage, comme Muhammad Ali, Bobby Moore, ou Henry Kissinger. Il a conquis le cœur des Américains en l’espace de trois ans. Ce sont les trois Glorieuses.

Seulement voilà, la NASL ne le sait pas encore, mais elle est malade. Très malade même. Le départ de Pelé déclenche le compte à rebours. La NASL est en phase terminale, elle mourra d’une longue agonie quatre ans plus tard.

Je vous conseille le magnifique documentaire Once in a Lifetime : The Extraordinary Story of the New York Cosmos qui dresse le portrait des Etats-Unis des années 70, avec ses folies, ses dérives et surtout son sens de la fête.

@j_cortinovis