Archives du mot-clé NASL

1974: la leçon de marketing sportif Made in USA

Jusqu’en 1974, le championnat nord-américain continue sa lente progression. Woosnam, le commissaire de la Ligue, fait rentrer quatre nouvelles franchises en NASL pour un total de 15 équipes. Pour la première fois depuis 1968, la NASL devient une Ligue nationale, à proprement parler, avec des franchises dispersées partout aux USA. Woosnam veut alors accélérer les choses.

A la fin de la saison 1974, l’affluence moyenne dans les stades est de 7 825 spectateurs, un nombre en hausse de 24% par rapport à la saison passée. Surprenant ! Mais comment est-ce possible ?
Woosnam et ses employés sont à l’origine d’idées plutôt ingénieuses pour promouvoir le championnat. Comme celle-ci: placer dans une équipe le fils d’une légende de la NFL, sport le plus regardé à la télévision américaine. De plus, celui-ci vient de gagner une sorte de télé-réalité retransmise dans tout le pays.

Les publicitaires s'arrachent Kyle Rote
Les publicitaires s’arrachent Kyle Rote, Jr

Le succès de Kyle Rote, Jr*, qui devient une star acclamée dans les stades, donnera envie aux autres joueurs de participer à ce TV show qui oppose des sportifs connus à travers un décathlon. Un carton, autant pour l’émission que pour les affluences dans les stades. Parmi les autres idées astucieuses: celle de supprimer les matches nuls qui ennuient les Américains et de greffer à la fin des matches une série de penalties, beaucoup plus divertissante. La NASL change ses règles au profit du spectacle, et cela a pour effet de rameuter de nouveaux prospects dans les stades. Les spectateurs sont même directement sondés sur le retour ou non des playoffs. Ces derniers, véritable marque de fabrique du sport américain, sont largement plébiscités. Le marketing sportif made in USA est né.

En 1975, six ans après sa prise de fonction à la tête de la NASL et autant d’années de succès, Woosnam, en pleine crise de la quarantaine, veut accélérer les choses. Il veut que son championnat devienne une ligue majeure dans le monde. De quinze, il fait passer le nombre de franchises à vingt ! Mais il veut frapper un grand coup. Une bonne fois pour toute. Il souhaite un joueur de renommée mondiale, veut le faire jouer au New York Cosmos, capitale des médias américains et seul club ayant les ressources pour le faire venir (Warner Bros est à la la tête de la franchise).

Georges Best pose devant les photographes à New York, là ou il va s'engager...
Georges Best pose devant les photographes à New York, là ou il devait s’engager…

Georges Best, qui atteint un niveau de notoriété jamais vu en football, est son premier choix. Les négociations se passent pour le mieux. Le cinquième Beatles tient même une conférence de presse en compagnie d’un Woosnam très fier, pour annoncer sa signature imminente. Tout est prêt. Manchester va vendre son « outstanding » joueur pour 250 000$, somme record pour l’époque. Les Anglais pleurent leur légende. Il reste cependant à trouver un accord entre Best et New York. Accord qui n’aura jamais lieu. Le joueur demande à NY de préserver le secret de la cause de sa non-signature. Lui l’emportera en 2005 dans sa tombe. Georges Best pose un lapin à la NASL et signe en Irlande dans la foulée. Il plombe littéralement le début du championnat américain et l’enthousiasme de Woosdam dans le même temps. C’est la douche froide.

Mais un ouragan médiatique va bientôt se déchaîner sur le pays à la mi-saison…

* Kyle Role : bien que confiné dans un rôle d’Impact Player pour exciter les foules lorsqu’il rentre, le bougre progressera vite puisqu’il deviendra ensuite titulaire à Dallas puis Houston, et terminera même sa carrière avec cinq sélections internationales !

Kyle Rote Jr dans une publicité pour une boisson énergisante

@j_cortinovis

Dans l’épisode précédent:  https://majeureliguefootball.wordpress.com/2013/01/08/la-nasl-et-le-docteur-who/

La NASL et son docteur Who

Les choses se présentent mal pour la NASL en 1969. NBC rompt le contrat télévisuel, et le championnat perd son statut professionnel après une première saison désastreuse en terme de retombées. Seulement cinq franchises existent. Le soccer est à l’agonie.

Phil "doc" Woosnam doit sauver la NASL
Phil « Doc » Woosnam doit sauver la NASL

Le coach des Atlanta Chiefs, Phil Woosnam, vainqueur du premier championnat nord-américain et sélectionneur des USA, est nommé commissaire de la NASL. Il a pour mission d’éviter la mort du championnat, et accessoirement de le revitaliser. Il demande ainsi aux cinq franchises existantes de baisser la masse salariale et de réduire les coûts. Toutes les stars internationales et la plupart des meilleurs joueurs sont foutus à la porte. C’est aussi le cas de Vava, qui s’en va. Seulement voilà, les équipes ne comportent plus assez de joueurs. Woosnam lui-même a alors de sérieux doutes concernant la survie du championnat. Lui vient une idée !

Ancien joueur de West Ham et d’Aston Villa, et en très bon termes avec eux, il va alors demander à ses anciens clubs de venir faire des matchs d’exhibition. Il convaincra trois autres équipes anglaises de venir aux USA  pour jouer  une sorte de mini championnat, l’International Cup. Cela laisse le temps aux franchises américaines de se reconstruire, les équipes anglaises, elles, sont heureuses de jouer aux USA tous frais payés, et cela divertit les spectateurs curieux.

Lors du second semestre, le championnat nord-américain débute. Bien que moins flamboyant et moins médiatisé, les gens s’intéressent d’avantage à cette saison car, débarrassée des étrangers, leur équipe est composée exclusivement de joueurs locaux. Ils peuvent ainsi s’identifier à leur club. De plus, un duel entre Atlanta Chiefs et Kansas City intéresse le pays. Kansas gagnera le championnat d’un seul point, les playoffs ayant disparu car top chers. Un symbole. On assiste donc à une compétition beaucoup plus modeste qui a le mérite de plaire aux Américains. Quelque chose est en train de se passer.

Phil Woosnam : «  In my heart I knew this sport was good enough. » (Au fond de moi, je savais que ce sport était assez bon)

1969 est une année très importante pour ce sport. Beaucoup d’écoles l’ incluent à leur programme sportif, des écoles de soccer voient même le jour. Le fait est que, si les teens ne le regardent certes pas, ils adorent le  pratiquer. La NCAA, le championnat universitaire, est en pleine expansion. On parle même de soccer féminin, même si le projet n’en est qu’à l’état embryonnaire… Phil Woosnam est à l’origine de cet élan et il ne s’en cache pas.

En une saison, il a réussi a changé la donne. Jusqu’en 1975, il réussit l’opération parfaite. Sauver, puis développer lentement mais sûrement la NASL, tout en pensant à son futur en encourageant la formation des jeunes. Il est, aujourd’hui encore, considéré comme LE personnage  important dans le développement du soccer (il figure au Hall of Fame). Il s’attire alors la curiosité des médias. Les institutions des autres sports veulent l’embaucher. Il devient un personnage qu’on s’arrache. Mais voilà, le succès, SON succès va l’amener à prendre des décisions à l’encontre de sa logique. C’est le début de la période Rock’n’roll de la NASL.

Un reportage TV dédié à Phil Woosnam

@j_cortinovis

Dans l’épisode précédent : https://majeureliguefootball.wordpress.com/2013/01/08/1968-la-nasl-d…he-place-to-be/

1968, la NASL débute. The place to be?

1968, nous y sommes. Un championnat national unique existe enfin, soutenu par des investisseurs motivés comme Lamar Hunt (qui donnera son nom à la Coupe des USA) et des parrains prestigieux comme Henry Kissinger, le secrétaire d’état du gouvernement américain. La classe !

Parmi les 22 franchises déjà existantes, 17 sont retenues pour participer au nouveau championnat. Elles sont réparties en quatre conférences car les voyages en avion sont trop couteux. De nouveaux joueurs traversent l’Atlantique, comme Janusz Kowalikqui qui arrive de Pologne pour rejoindre Chicago, et qui sera élu MVP, meilleur joueur de la compétition (30 buts et 8 passes décisives en 28 matches), le premier de l’histoire du soccer.

Casa, le seul joueur manchot de l'histoire du football mondial
Casa, le seul joueur manchot de l’histoire du football mondial

Des stars arrivent, comme Victorio Casa à Washington, qui restera comme le seul joueur manchot de l’histoire de ce sport ou encore Vava, star brésilienne du Mondial 1958 et 1962, qui débarque à San Diego à 34 ans. C’est la première rock star du soccer. Le changement de classe ne concerne pas seulement les joueurs. Ferenc Puskas, l’emblématique joueur hongrois du Real Madrid, connaîtra sa première expérience d’entraineur aux Vancouver Royals, non sans difficulté. La franchise du Canada avait en effet déjà fait signer Bobby Robson comme manager dans la cacophonie générale. Un compromis sera finalement trouvé : ce dernier sera l’assistant de Puskas. Un sacré duo qui mènera ses troupes à la … dernière place de leur Conférence ! Alors que l’exercice débute, tout le monde s’interroge réellement sur le niveau de ce nouveau championnat qui ne s’inspire d’aucun autre.

Et à la surprise générale, le niveau est bon. Très bon même. Des équipes venues d’autres continents, curieuses à l’idée de se confronter aux équipes américaines, l’apprennent à leurs dépens. Cleveland et New York s’imposent face au Santos de Pelé, tandis que les Atlanta Chiefs gagnent 3-2 contre Manchester City, l’équipe qui domine l’Angleterre ! L’entraîneur des Citizens, Malcom Allison, prétextera l’accident de parcours de sa formation et comparera même Atlanta à une équipe au niveau de la quatrième division anglaise. Piqué au vif, Atlanta propose une seconde confrontation… Rebelote, les Anglais sont défaits 2-1. Ils connaîtront une troisième défaite en une semaine face à Oakland. Toutes les équipes ne sont bien sûr pas toutes performantes. Le Dallas Tornado restera comme la pire équipe américaine de tous les temps avec 109 buts encaissés en 32 parties. A la fin de la saison, ce sont les Atlanta Chiefs qui sont sacrés contre le San Diego de Vava en final de playoff, au terme d‘une saison plutôt réussie. Du moins sur le terrain…

Car en en terme d’audience et de spectateurs, la saison est vécue comme une catastrophe industrielle. 3 000 spectateurs en moyenne, c’est bien loin des 20 000 attendus. Les salaires des joueurs et la location de grands stades ruinent les franchises. Les promoteurs américains ont mal analysé le marché américain et surestimé les effets du soccer sur la populasse. Les Américains ne comprennent pas ce sport, le jugeant trop lent et ennuyeux ! De plus, ils ne s’identifient pas à l’équipe de leur ville avec ces trop nombreux étrangers qui dominent les natifs américains. La discrimination est présente, même dans le soccer…

En Novembre 1968, apeuré par ce désastre financier, Detroit est la première équipe à annoncer qu’elle renonce à continuer. Avant que six autres franchises ne suivent… La NASL est sous le choc et tente de convaincre les propriétaires des dix autres franchises à insister la saison prochaine malgré le fiasco. Seulement cinq acquiescent. Et voilà que NBC rompt le contrat TV. Le soccer est au plus mal.

@j_cortinovis

L’épisode précédent  https://majeureliguefootball.wordpress.com/2013/01/05/genese-major-league-soccer/

La genèse de la Major League Soccer

Je voudrais vous parler de la création de ce tout jeune championnat qu’est la MLS et qui n’est arrivé qu’en 1996.  11 ans plus tôt, en 1985, son ancêtre, la NASL, pris à son propre piège, disparaît, ruiné et lâché par tous ses investisseurs. Le Soccer est mort, et personne ne croit à son exhumation. Retour sur la naissance de la National American Soccer League.

Goal! Le documentaire fait par la FIFA sur le Mondial 66 sera regardé par des millions d'Américains curieux qui ne connaissent pas ce sport
Goal! Le documentaire fait par la FIFA sur le Mondial 66 sera regardé par des millions d’Américains curieux qui ne connaissent pas ce sport

Juillet 1966. Wembley, Londres. Plus de 95 000 personnes assistent à la victoire de l’équipe hôte, l’Angleterre, contre la RFA (4-2) lors d’une magnifique finale de Mondial. Pour la première fois, un match de Coupe du Monde est diffusé à la télévision américaine et les audiences, sans être exceptionnelles, sont plutôt bonnes alors que les USA ne participent pas à l’évènement. Le soccer est loin d’être le sport le plus pratiqué dans les universités (contrairement à aujourd’hui !), et aucun championnat national n’existe alors. Quelques mois après la finale, un documentaire diffusé à la TV sur le Mondial 66 aura aussi un joli succès. Il n’en faut pas plus pour que les promoteurs sportifs américains n’entrevoient une brèche et ne s’activent pour réunir des investisseurs.

Deux ligues voient le jour en 1967. La United Soccer Association (USA) qui a le soutien de la FIFA, et qui réunit 12 équipes, et la National Professional Soccer League (NPSL) qui refuse d’adhérer aux conditions demandées par la United States Soccer Football Association (USSFA, fédération de l’époque). Cette dernière exige notamment le règlement de 25.000$ pour chacune de ses dix franchises. Faites le calcul.

Alors qu’une des deux ligues est en marche (USA), la seconde, qui était à l’arrêt, arrive à décrocher un contrat télé avec une des plus grandes chaînes de télévision nationale, CBS, grâce à un travail des promoteurs qui harcèlent les médias, et à des innovations proposées (instauration du système des points: 6 pour une victoire, 3 pour un nul, 0 pour une défaite). Cet énorme paquet d’argent qui arrive sur la table de la NPSL va servir à faire venir de nombreux joueurs de l’autre ligue et d’Europe, alors que le championnat est au point mort, et que surtout, ces transferts ne sont pas permis par la FIFA et l’USSFA qui soutiennent toujours l’USA.

La NPSL, l'ennemi de la FIFA. Faut-il y voir un prémisse de la reation FIFA-Major League Soccer?
La FIFA et la NPSL, le descendant de la MLS s’opposent en 1967

Les menaces de la FIFA sur les joueurs qui quittent la United Soccer Association n’y font rien, la petite ligue qui avait refusé de payer ne cesse de se développer grâce à un gros travail en interne et se dit prêt à se lancer !  Un an plus tard, en 1968 donc, la Fédération, le couteau sous la gorge, obtient la fusion des deux ligues. La NASL (National American Soccer League) est née. Elle est très largement inspirée de la NPSL qui s’était opposée à la FIFA et à la fédération américaine. 17 équipes sont fin prêtes !

Les débuts de la NASL, c’est la prochaine fois sur Majeure Ligue Football.

@j_cortinovis